Instabilité Sociopolitique et Chômage: Les Défis de la Pauvreté dans l’Haïti Contemporaine
- preflexoeseopinioe
- 9 sept. 2024
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Source: franceinfo
Depuis le séisme dévastateur du 12 janvier 2010, Haïti est devenu un point central pour les organisations internationales et les ONGs spécialisées dans l’aide humanitaire. La dépendance croissante du pays aux aides des acteurs non étatiques pour la fourniture de services de base et le développement des infrastructures soulève des questions sur la souveraineté haïtienne et la capacité du gouvernement local à s’auto-administrer. La privatisation de l’aide humanitaire désigne l’implication d’entités privées, telles que les ONGs et les entreprises, dans la fourniture d’assistance et de services en situation de crise. En Haïti, nous pouvons constater que cette tendance s’est accentuée, avec les ONG internationales jouant des rôles cruciaux dans des secteurs tels que la santé, l’éducation et d'autres services essentiels. Ces organisations pallient souvent les déficiences d’un État fragile tout en perpétuant une dépendance insoutenable, freinant le développement des capacités locales et régionales du pays.
Dans le cas d’Haïti, la privatisation engendre également une fragmentation des efforts d’aide, où différentes entités opèrent sans coordination, parfois en compétition pour les ressources et l’influence. De plus, l’absence de transparence et de responsabilité chez certaines de ces organisations conduit à des inefficacités, voire à des abus, au détriment des bénéficiaires.
La politique de lutte contre la pauvreté en Haïti a rencontré des défis considérables. La dépendance à l’égard de l’aide extérieure est souvent assortie de conditions qui ne correspondent pas toujours aux priorités locales. De plus, les politiques néolibérales promues par des institutions financières internationales, telles que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, favorisent la privatisation des services et l’austérité budgétaire, exacerbant ainsi les inégalités sociales et la pauvreté. La privatisation de l’aide humanitaire a également des répercussions sur l’économie locale. Par exemple, l’importation de nourriture et de biens de consommation dans le cadre de l’aide peut nuire aux agriculteurs locaux et à d’autres industries, freinant la croissance économique durable. Comme le souligne Paul Farmer dans un texte publié en 2011, l’aide internationale répond souvent aux besoins immédiats, mais échoue à traiter les causes structurelles de la pauvreté et de l’inégalité sociale.
Etant donné que la pauvreté est la principale conséquence du chômage, ce qui montre que l’État devrait avoir le contrôle de l’économie du pays ainsi que son territoire dominés par la communauté internationale et les pays impérialistes. Cependant, l’absence de projet de développement socio-économique de la part de l'État haïtien et les turbulences politiques sont souvent servies de prétexte à l’Onu d'intervenir militairement sur le territoire haïtien - sans pour autant résoudre aucun des problèmes cruciaux auxquels fait face le pays.
Pour certains chercheurs, ce type de pauvreté que connaît Haïti se perpétue dans la mesure où les besoins fondamentaux de l’État sont fournis par le marché extérieur et d’autres acteurs exogènes. La pauvreté est due à l’exclusion de ces individus du marché, jugeant qu’ils n’ont pas la possibilité de satisfaire leurs besoins essentiels. Elle est devenue l’un des phénomènes structurels les plus graves dans les sociétés contemporaines, suscitant de vives inquiétudes pour les États responsables et pour ceux et celles qui luttent contre ce phénomène, d’où l’importance de nombreux programmes sociaux et plans d’action pour venir en aide aux populations les plus vulnérables économiquement dans le pays.
L’instabilité socio-économique désastreuse d’Haïti est l’une des conséquences directes de l’augmentation de la pauvreté dans le pays.
De plus, la fixation de normes de salaire minimum ne suffit même pas à garantir l’accès aux produits de première nécessité. Ce qui paraît bouleversant, c’est que grande partie de la population haïtienne vivant au seuil de pauvreté n’ont aucun moyen de sortir de cette situation et sont les plus touchées par des problèmes tels que l’épidémie de choléra introduite par les soldats de la MINUSTAH, la violence des gangs armés. Il y a un grand nombre de personnes sans aucun revenu et d’autres avec des salaires dérisoires, tandis qu’une minorité bénéficie de revenus très élevés. Cela crée une fracture dans la société urbaine et même dans les milieux ruraux du pays entre ceux qui ont un accès constant aux biens et services, et ceux qui, malgré des besoins similaires, ne peuvent les satisfaire. Cela renforce une instabilité socio-politique incontournable à la population haïtienne et constitue un obstacle au développement, entravant l’exercice des droits humains. Dans ce contexte, les États ont la responsabilité d’assister les couches les plus défavorisées de la société. Cette situation de précarité de la majorité de la population dans la période contemporaine a des répercussions macroéconomiques; sans une activité économique suffisante, les États ne peuvent pas investir dans leur population. Elle représente également un frein aux relations internationales et à la coopération économique avec d’autres nations.
Une des conséquences de la crise socio-économique en Haïti est que le soit disant l’urgence humanitaire apportée au pays depuis des décennies ne parvient pas à répondre aux besoins de la population, provoquant plutôt des problèmes sociaux. De plus, la gangstérisation que le pays connaît depuis 2004, avec divers groupes armés occupant une partie significative de Port-au-Prince, a retardé le processus de développement économique. L’exode rural pose un défi majeur pour les grandes villes, où le manque d'emploi et une infrastructure sociale insuffisante nécessitent de nouveaux mécanismes pour lutter contre la pauvreté. Cette dégradation a entraîné une augmentation significative du nombre de personnes et de familles démunies dans les différentes régions du pays.
Fournir une assistance internationale aux populations les plus démunies peut, paradoxalement, entraîner des effets néfastes, tels que la violation des droits de la population et l’affaiblissement de la souveraineté des États, notamment dans les pays en développement. Cette situation est particulièrement délicate dans les nations les plus appauvries, qui dépendent de la communauté internationale et des ONGs pour lutter contre la pauvreté. Ce problème ne se limite pas aux pays comme Haïti, mais concerne également l’ensemble de la communauté mondiale. L’État haïtien peut jouer un rôle important dans le soutien aux personnes les plus vulnérables de sa société. Toute aide que la communauté internationale juge nécessaire doit être acheminée au gouvernement du pays, qui est en mesure de la distribuer efficacement aux populations les plus démunies. Une fois que l’État haïtien reçoit cette aide internationale (financière et matérielle), il est crucial qu’il rende compte de la manière dont cette distribution est effectuée, en fournissant des rapports détaillés aux bailleurs de fonds.
Dans le cas de l’aide humanitaire distribuée en Haïti, on observe que les droits du peuple haïtien et même de l’État sont violés par la communauté internationale et par beaucoup d’ONGs qui agissent comme agents néocoloniales pour assujettir le pays. L’aide reçue par Haïti via des organisations internationales n’a pas changé les conditions de vie des personnes les plus défavorisées, déjà socialement exclues et hors du marché du travail. Les raisons de l’intervention de l’ONU semblent être un mécanisme pour prolonger sa présence sur le territoire haïtien. En affirmant que les souffrances humaines surviennent à la fois pendant la guerre et en raison de la pauvreté croissante et des décès dus à l’épidémie de choléra, l’ONU considère cela comme une menace pour la paix, la souveraineté et la sécurité internationale, et comme un moyen de promouvoir la politique démocratique, l’expansion territoriale et le marché des armes à feu. Comme l’a souligné Naomi Klein dans La Doctrine du choc, publié en 2008, cela génère des bénéfices et met en œuvre une nouvelle politique de domination mondiale.
L’aide humanitaire apportée par l’ONU sur le territoire haïtien ou dans un autre État marginalisé est fournie sans planification avec l’État national concerné. On constate que les pays qui reçoivent de l’aide de la communauté internationale connaissent souvent une augmentation de la misère et du chômage, créant encore plus de problèmes à résoudre pour l'État concerné. Par exemple, dans le cas d’Haïti, cette perturbation sociopolitique a permis aux troupes de la MINUSTAH de se maintenir sur le territoire haïtien pendant plus de 14 ans, sous prétexte de résoudre les conflits que l’État national ne pouvait gérer. Mais, après cette longue période, on pourrait se demander, la situation du pays a-t-elle changé?
Au fil des décennies, la souveraineté territoriale est considérée comme un élément crucial par l’État dans la gestion du territoire national. C’est un moyen par lequel l’État exerce son pouvoir, contrôle sa population et la défend contre les menaces extérieures. En permanence, l'idée de souveraineté des États est remise en question par l’expansion territoriale de certains États plus puissants. Cependant, au lieu de dépenser autant d’argent pour des troupes étrangères, ces fonds pourraient être utilisés pour la construction d’infrastructures telles que des autoroutes et des hôpitaux, afin d’améliorer les conditions de vie de la population haïtienne.
Cette assistance fournie par la communauté internationale transforme le pays en une commodité pour les travailleurs de l’aide humanitaire, créant un marché pour les troupes de la communauté internationale, depuis la première mission de l’ONU en 1993, la Mission des Nations Unies en Haïti (MINUHA), passant par la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) en 2004 pour arriver aujourd'hui à la Mission multinationale d'appui à la sécurité (MMAS) et les ONG internationales. Cela peut aussi entraîner une violation du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, affaiblissant la souveraineté du pays. Comme je l’ai déjà expliqué dans deux articles datés de 2017 et 2021, la souveraineté de l’État haïtien devient un pouvoir local face à l’ingérence d’États extérieurs, ce qui est en contradiction avec la Charte des Nations Unies.
En conclusion, le cas d’Haïti illustre les défis complexes et interconnectés de la privatisation de l’aide humanitaire et des politiques de lutte contre la pauvreté. Bien que l’intervention internationale puisse offrir un soulagement en temps de crise socio-économique, elle peut également créer des dépendances préjudiciables et limiter la capacité d’un État à s’auto-gouverner et à promouvoir un développement économique durable. Pour un avenir plus prometteur, il est important que la communauté internationale et les acteurs locaux travaillent ensemble pour renforcer les institutions haïtiennes, promouvoir la justice sociale et garantir que l’aide soit dispensée de manière transparente et efficace.
Guerby SAINTE
Doctorant en Géographie (Université d’État de Campinas- Unicamp)







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